Sr. Henriette Myriam : « La culture de la proximité et de la rencontre »

on 07 Nov, 2020
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Par SR. HENRIETTE MYRIAM (LIBAN).- Ce thème est immense, comme la vie de notre chère Fondatrice. Le 24 janvier 1744, le Maitre de la Moisson vint chercher son ouvrière : MARIE AVAIT 90 ANS. Elle avait œuvré silencieusement, sans regard sur elle-même, marchant selon les vues de Dieu, simplement, le Rosaire a la main : elle n’avait été qu’un instrument de la Providence. Le temps de l’instrument était terminé. Elle s’était dite « Fille inspirée de Dieu pour une ŒUVRE de la PROVIDENCE ». La Providence allait signer… elle le fait par le temps. « Il n’y a que les œuvres des saints qui durent » a dit, un jour, le Pape Léon XIII « Ce n’est pas mon œuvre » avait dit Marie Poussepin, « c’est l’œuvre de Dieu ».

Ce Thème « Culture de Proximité et de rencontre » est inhérent aux autres thèmes : 

Comment vivre la Mission ? …Sans la culture de proximité et de rencontre ?

Comment vivre la Justice Sociale, la non-violence et la paix, sans la culture de proximité et de rencontre ? {Et ainsi pour les autres thèmes}

Pourquoi considérer ce thème de cette façon ?  Parce qu’il habille véritablement le cœur, l’esprit, la vie de Marie Poussepin, depuis sa plus tendre enfance jusqu'à sa rencontre avec le Seigneur qu’elle a tant aimé dans les autres.

Deux verbes la caractérisent de façon particulière : « voir » et « accomplir »

Ces deux verbes nous font entrer dans le premier mot du thème : « Culture »

Le mot « culture », dans le sens qui nous intéresse précisément, est un ensemble d’habitudes, de mode de vie, de connaissances acquises, ensemble de structures sociales, religieuses, intellectuelles, artistiques.

Marie Poussepin nait et grandit dans une famille très croyante, pratiquante, ouverte aux, autres, et, engagée dans la Paroisse, là se trouve le terreau qui l’imprégnera toute sa vie.

Le regard de Marie Poussepin, rempli de la Miséricorde Divine la pousse à agir pour améliorer les dures conditions de vie de beaucoup de ses concitoyens affrontés à la misère, la maladie, la violence, le manque d’instruction (surtout pour les filles) l’injustice sociale, les jeunes livrés à eux-mêmes par manque de formation…Où Mère Marie Poussepin puise t’elle cette force de charité respectueuse de l’autre qui l’habitera jusqu'à son dernier souffle ?

 « Conservez la présence de Dieu dans toutes vos actions, parlez- lui souvent et renouvelez souvent l’intention de tout faire pour sa gloire. » (Marie Poussepin, Règles générales)

Voilà son secret, et avec le chapelet.

Marie rencontrera la Pauvreté dans la personne de Marie Olivier, qu’elle invitera à rentrer dans la chambre que son frère lui avait donnée (c’est le Christ Lui-même qu’elle accueillera). Cette pauvre dame, malade avec seulement un baluchon pour seule valise, ne fut pas effarouchée par le lieu : un seul lit, un coffre usagé une table et une chaise et, de quoi se laver. Marie Poussepin lui donna son lit et la soigna elle-même jusqu'à sa mort. Cette période voulut par la Providence lui permit de mûrir dans sa foi, la confiance en Dieu ainsi que dans l’Eglise à qui elle obéira avec patience avant de pouvoir réaliser son projet. Patience et humilité également, pour acquérir les lettres patentes que le roi de France, enfin, lui signa avant de les lui donner, « en l’an de grâce mil sept cent vingt –quatre, et de notre règne le neuf. » (Voir, page 11 des Règlements de Sainville)

Revenons à Dourdan

Ce n’est pas pour un retour en arrière car, le passé constructif est base du présent pour envisager l’avenir dans la confiance dans la Providence.  Marie Poussepin est une âme ardente que rien n’arrête dans ses projets au service des autres et de la Paroisse : instruire les jeunes filles, faire le catéchisme, donner les soins, « avec patience, respect douceur », et tenir une maison.

La « vie de notre Fondatrice est fondée sur la Parole et les Sacrements » dans l’Esprit Saint « et nous transfigure de l’intérieur si nous demeurons en état de conversion continuelle. » (Page 6 Spiritualité de la Congrégation)

Depuis Marie Poussepin, les Sœurs ont gardé son esprit, sa spiritualité dans l’éducation, les soins, le service de la paroisse.

Dourdan et la vie industrielle que Marie Poussepin contribuera à restaurer avec les machines à tisser les bas de soie : la vie industrielle l’a vu s’investir dans ce mode de travail moderne de l’époque : innovante dans l’apprentissage, elle logeait chez elle, des jeunes gens pour les former en tant qu’homme et chrétien. Non seulement elle les logeait, les formait, mais aussi elle leur versait une somme d’argent : « Apôtre sociale de la Charité » ainsi que l’a nommée le saint – Père Saint Jean-Paul II lors de la Béatification en 1994

Marie Poussepin tient vraiment sa place 1) dans la paroisse en faisant fait partie d’une œuvre de charité dont elle deviendra la présidente, a la mort de sa mère et, 2) dans la ville de Dourdan, une citoyenne de poids et de confiance, depuis qu’elle eut sorti l’entreprise familiale de la faillite, provoquée par la jalousie d’une tierce personne à qui elle pardonnera, lorsque l’affaire sera terminée et que l’honneur de son père sera reconnu et honoré. Mais, son père est revenu, épuisé par l’épreuve de l’exil. Marie continue de former son frère comme chef de l’entreprise.

Toujours à Dourdan, Marie fera la connaissance du jeune Père François Mespolié, Dominicain qui sera surnommé « le missionnaire de la Beauce. » Avec cette rencontre elle entrera dans le Tiers-Ordre, la spiritualité dominicaine correspondant à sa propre attente intérieure. (Elle y prendra le nom de Sœur Marie Catherine.) Elle est comblée et pourtant, Marie est aux aguets des signes de la PROVIDENCE.

Lors des diverses réunions de le Confrérie et de la fraternité, elle entend parler de la pauvreté de la bourgade de Sainct Ville (devenue Sainville).

Marie se prépare pour partir. Lorsque le temps sera venu, mais, la Providence prend son temps

C’est la rencontre avec Marie Olivier, mentionnée plus haut : Marie Poussepin l’accueille dans la pauvreté de sa chambre et, Marie Olivier apporte son baluchon de misère : toutes les deux partageront la vie quotidienne jusqu’au décès de Marie Olivier (le 30 avril 1691). Période d’apprentissage de la vie de grande pauvreté’ qu’a voulu connaitre notre Mère Fondatrice. 

Le 15 septembre 1695, a 38 ans, Marie Poussepin part, à pieds, avec son baluchon et son chapelet qui l’accompagnera durant les 17 Kms qui la séparent de Sainville (Sainct Ville à l’époque)

Comme Abraham quittant son pays, Marie quitte Dourdan où elle est née, connue et aimée par tous, du fait de ses nombreux engagements paroissiaux, sa connaissance du monde ouvrier (étant jeune chef d’entreprise efficace),  formatrice  de la jeunesse laissée à elle-même, par le travail, « l’apprentissage du respect de l’autre, de la douceur, avec l’éducation de la foi, pour les jeunes filles qu’elle instruira également pour le service de la santé et de l’éducation, et qui, à leur tour, deviendront formatrices de leurs compagnes vivant dans l’extrême  pauvreté.

Marie a vécu la culture de la proximité et de la rencontre comme à son insu, mais, période formatrice « préparée par la Providence » pour la mission qui l’attend.

Pour le moment, Marie marche à pieds, dans le silence et la prière du chapelet, confiante sous le regard de Dieu. Laissons-la dans sa marche en silence : « Gardez la présence de Dieu en toutes vos actions et, pour cela, parlez-Lui souvent et parlez souvent de Lui et renouvelez souvent l’intention de tout faire pour sa gloire. »

La culture de proximité et de la rencontre entraine nécessairement un déplacement intérieur qui précédera et accompagnera le déplacement physique :

Quitter son « je » ou, son « moi » pour aller vers le « il- ils » ou, « elle-elles » dans un cadre de vie différent, des habitudes autres, demande l’ouverture du cœur qui est primordiale et, pour ce faire, se nourrir de pensées positives dans une délicatesse intérieure afin de s’ajuster à une situation nouvelle. Je ne renie pas ma vie jusqu'à aujourd’hui, mais, je dois penser simplement que je vais entrer dans le cadre des autres qui ont eux aussi leur sensibilité et leur coutume. L’attitude d’accueil de la nouveauté pour moi est indispensable : les premiers contacts, s’ils sont réussis : les portes s’ouvrent. En cas du contraire, les portes se ferment et, pour les rouvrir, il faudra du temps pour gagner la confiance.

Dans les situations de souffrance, améliorer sans blesser, sans froisser la personne qui vit la difficulté. (Idem pour un groupe). Notre Mère Fondatrice insiste sur le rapport avec l’enfant, le jeune, le malade et prône le respect, la douceur et… agir avec humilité.

Marie Poussepin, à Sainville, mit toute son expérience, sa force intérieure nourrie de sa foi solide, enracinée dans sa relation au Christ, et dans la Sainte Vierge Marie et sa confiance sans faille en la Providence. La grande simplicité et la vie fraternelle attiraient les jeunes filles.

« A la mort de Marie Poussepin, ses Filles étaient déjà répandues dans six Diocèses de France et comptaient dix-huit maisons. L’Histoire de la Congrégation.

Pour Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont très bien, mais attention : ils ne remplaceront jamais le contact humain direct (De ce manque, bien des personnes en souffrent).

De l’encyclique « La lumière de la foi » / no 20/ Pape François / « Le Christ est descendu sur la terre et il est ressuscité des morts ; par son Incarnation et sa Résurrection, le Fils de Dieu a embrassé toute la marche de l’homme et demeure dans nos cœurs par l’Esprit-Saint. La foi sait que Dieu s’est fait tout proche de nous, que le Christ est un grand don qui nous a été fait, don qui nous transforme intérieurement, nous habite et ainsi nous donne la lumière qui éclaire l’origine et la fin de l’homme. » 

No 22/ La foi a une forme nécessairement ecclésiale, elle se confesse de l’intérieur du corps du Christ comme communion concrète des croyants. C’est de ce lieu ecclésial qu’elle ouvre chaque chrétien vers tous les hommes. 

No 35/Saint Irénée de Lyon raconte qu’Abraham avant d’écouter la voix de Dieu, le cherchait déjà « d’un cœur tout brûlant d’amour » et « il parcourt  la terre entière cherchant la trace de Dieu », jusqu’à  ce que « Dieu soit rempli de tendresse pour celui qui le cherche seul et en silence » Celui qui se met en chemin pour faire le  bien  s’approche déjà de Dieu, est déjà soutenu par son aide, parce que c’est le propre de la dynamique de la lumière divine d’éclairer nos yeux quand nous marchons vers la plénitude de l’amour.


 Je cite  mes références  et lectures :

*Du Saint Siège : Homélie du samedi 1er février 2020 du Saint-Père le pape François
*Encyclique du Pape François : La lumière de la foi
*Constitutions et Ordinations
*La Spiritualité de la Congrégation
*Document Capitulaire 2019
*Règlements de Sainville
 
*Annexe Pluri culturalité
L’OUVRIERE DE LA PROVIDENCE dont je me suis le plus inspirée car, dans ce livre, je sens battre le cœur de notre Mère Fondatrice, et toute l’Histoire de la Congrégation jusqu'à Aujourd’hui pour Demain, SE LIT ENTRE CHAQUE LIGNE DE CE LIVRE : CHAQUE MOT RESPIRE le PARFUM DE SA COMPASSION, de SA SOIF D’ETRE L’OUVRIERE DE LA PROVIDENCE : sa devise Suprême « DIEU SEUL ».
 
Avant de quitter Dourdan Marie Poussepin a voulu faire l’expérience de la pauvreté :  avec la rencontre de Marie Olivier, elle la vivra réellement. Quittant Dourdan, elle partira pour Sainville :  la Providence l’attendait (Mt   25, 31-40)
« Elle vit ce qui est bien aux yeux de Dieu et elle l’a accompli » 
« Conservez la présence de Dieu en toutes vos actions »
« Parlez-lui souvent, parlez souvent de lui et renouvelez souvent l’intention de tout faire pour sa gloire » 
« Particulièrement sensible à la compassion de saint Dominique et en réponse à l’appel ressenti de secourir les habitants de Sainville dont elle a perçu la détresse, elle a voulu fonder une « communauté dominicaine pour le service de la charité »  AMEN.