Sr. Maria Escayola: «Il est important que nous vivions dans la même confiance que Marie Poussepin avait en la Providence»

on 18 Nov, 2020
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Barcelone (Espagne), 18/11/2020, Srs. Gemma Morató Sendra et Conchi García Fernández.- Nous aimerions vous présenter une interview que nous avons réalisée avec Sœur Maria Escayola Coris, Prieure générale, à l'occasion de l'Année de Grâce. Comme nous le savons, nous sommes à un moment important, la clôture de cette Année de Grâce, où nous terminons un cycle, mais l'illusion de ce que nous avons commencé à vivre ne s'arrête pas nécessairement. En réalité, nous sommes dans un moment d'incertitude à cause des réalités que nous vivons, mais il est vrai aussi que nous voyons beaucoup de choses positives, il suffit de regarder les nouvelles en cette Année de Grâce. L'interview nous situe dans la Congrégation, mais aussi dans la réalité de l'Église et le monde, ou seront abordés des thèmes bien profonds et actuels. 

 

L'INTERVIEW : Sr. Maria Escayola Coris

BLOC INTRODUCTION

Sr. Gemma : Bonjour ou bonsoir ; Aujourd'hui nous voulons nous entretenir avec Sœur Maria Escayola Coris, supérieure générale des Sœurs de Charité dominicaines de la Présentation de la Sainte Vierge. Sœur Maria est en effet à la tête de notre Congrégation depuis un peu plus de 6 ans, une Congrégation avec près de 325 ans d'histoire. Marie Poussepin nous a fondées à une époque également difficile et ravagée par la maladie, maintenant que se présentent à nous beaucoup de défis, de grandes questions et d’incertitudes. Nous parlerons de cela et de bien d'autres choses avec Sœur Maria Escayola Coris.

BLOC 1

Sr. Gemma : Sœur Maria, bienvenue et merci de vouloir atteindre toute la Congrégation aujourd'hui.

Sr. Maria : Merci beaucoup pour cette opportunité qui m'est donnée d’entretenir cette communication, avec toutes les sœurs si même elle est virtuelle, à un moment aussi important comme la clôture de cette année de grâce, des 25 ans de la béatification, merci beaucoup.

Sr. Gemma : Cet après-midi ici, dans le monde on ne sait pas quelle heure il fera, on va parler un peu de tout, mais je pense que la première question qu'il faut se poser est que, face à la situation mondiale si compliquée, à cause de la pandémie mondiale de la Covid-19, quelle serait son évaluation ? et peut-être pour ce qui nous intéresse, comment devrions-nous nous situer en tant que filles de Marie Poussepin ?

Sr. Maria : Marie Poussepin a voulu fonder une communauté dominicaine afin de connaître et d'annoncer Jésus-Christ, à une époque qui était aussi très difficile sur le plan social, économique et humain. Aujourd'hui, le Covid nous a prises par surprise, il nous a déconcertées, nous qui étions très sûres de nous-même, très habituées et très fières des avancées de la science et la technologie. Nous devons récupérer ces aspects fondateurs du charisme de Marie Poussepin, c'est-à-dire la communauté, la vie communautaire, la connaissance de Jésus-Christ, le service des pauvres, leur annoncer l'amour de Dieu ; d'une certaine manière, le temps de Covid nous permet d’approfondir , de vivre la vie communautaire avec une plus grande intensité, peut-être plus qu’ au moment où la mission nous a pris plus de temps, aussi de connaître davantage Jésus-Christ parce que plus tard nous pourrons l'annoncer.

Sr. Gemma : Après nous reparlerons du thème de la vie communautaire et de la spiritualité, de comment l’améliorer, mais maintenant en voyant un peu du « monde mondial » qu'on dit moderne... que pourrions-nous offrir aux sœurs en communauté, ou que pourrions-nous nous offrir les unes aux autres et que pourrions-nous offrir au monde, peut-être un peu à la manière du pape François dans son encyclique Fratelli Tutti, qu'allons-nous retenir de ce temps ?

Sr. Maria : Cette encyclique du Pape est vraiment la bienvenue car elle nous donne des indices et des orientations très claires. L’encyclique fait d'abord une analyse de la situation du monde. Pour cela, l'écoute, l'ouverture, l'amour du monde, l'amitié sociale, la fraternité, mais aussi le dialogue, la solidarité, l'ouverture au monde entier sont nécessaires, pour que l'amour soit efficace. Elle parle aussi du pardon, de la gratuité, de l’accueil, de la valeur de la politique, de la valeur de l'économie, en d'autres termes, cette encyclique touche tous les aspects que nous vivons actuellement. Et elle fait une analyse qui peut nous aider à nous situer et à trouver notre propre place dans l'Église et à nous orienter dans la manière dont nous devons agir.
Je voudrais souligner ce que le pape évoque également, à savoir que nous devons vivre la fraternité, qui n’est certes pas facile et que nous ne parviendrons pas à sortir de cette situation sans la contribution de tout-un chacun. En d'autres termes, pour parvenir à la paix, à la fraternité, il faut que nous soyons tous impliquées et que chacune d'entre nous apporte son petit grain de sable.

Sr. Gemma : Parfait !!! Nous allons continuer, et surement que ce sujet de la pandémie réapparaitra parce que nous ne pouvons pas vivre en dehors du monde. Passons à un autre bloc.

BLOC 2 

Sr. Gemma : Je soulignais entre temps l'importance de la communauté. Comme dans toutes les « guildes » du monde, la vie religieuse a aujourd'hui de grands défis, que mettriez-vous en avant ? et a par rapport à ce vous voulez prioriser, comment pouvons-nous y arriver ?

Sr. Maria : Je pense qu'une des premières choses à faire est de trouver la place et l'apport de la vie religieuse dans la situation que nous vivons aujourd'hui, au sein de l'Église, c'est-à-dire quelle est la place de la vie religieuse dans cette situation et dans l'Église, et aussi de renforcer ce sens de la communauté, de la communion contre l'individualisme. Aujourd'hui, nous nous rendons compte que si ce n’est entre toutes, nous n'avancerons pas. La vie religieuse peut alors donner une lumière et une voie dans ce sens. Elle peut aussi témoigner de la joie, du fait d'être en « sortie », d'être attentives aux autres, de dépasser nos propres frontières, de sortir de nous-même. Je crois que le travail du dernier Chapitre général allait dans cette direction, maintenant c'est à notre tour de le mettre en pratique en sachant que nous avons besoin de la force de Dieu, que nous avons besoin d'une conversion personnelle et communautaire qui nous unit au mystère de la passion et de la résurrection du Seigneur.

Sr. Gemma : Même si au dernier chapitre général personne ne pouvait penser à la situation dans laquelle nous vivons aujourd'hui avec la pandémie, on aurait sûrement pensé à autre chose et d'une manière différente, n'est-ce pas ?

Sr. Maria : C'est vrai, mais je pense que le fait de traverser ou de dépasser nos frontières est une invitation très valable en ce moment. Dépasser les frontières pour revitaliser la vie et la mission. Quelles que soient les circonstances, nous sommes aujourd'hui touchées par d'autres qui ne l'étaient pas au moment du Chapitre parce que nous ne l'avions pas imaginé, mais je pense que le confinement a été l'occasion pour nous de renforcer la prière, de donner plus de force, de donner un plus grand sens à la communauté, de faire preuve de discernement, de rechercher la créativité pour atteindre ceux qui souffrent le plus les conséquences de la pandémie. De nombreuses sœurs de la Congrégation, celles qui travaillent au niveau de la santé, ont continué à travailler, même certaines ont été infectées, pour pouvoir prester ce service et bien d’autres, cela dépende de l'âge et des possibilités des circonstances. Celles qui travaillent dans l'éducation ont été au niveau virtuel, certaines ont eu plus de travail qu'en temps normal, mais il y a eu une créativité, un désir de collaborer, et de savoir qu'en prenant soin de nous-mêmes, nous prenons aussi soin des autres. Cela stimule le sens de la responsabilité et la recherche du bien commun, et je pense que cela a été très important. La circonstance nous a également poussées à faire bon usage des moyens de communication sociale, même s’il y encore du chemin à faire à ce niveau, pour savoir les utiliser à bon escient pour l'écoute, pour la communion dans la rencontre et pour l'annonce du Seigneur. Et c'est aussi le moment de persévérer dans les difficultés car nous devons nous soutenir mutuellement ; cette période est difficile pour beaucoup, sur le plan émotionnel, psychologique. Je vois que non seulement les sœurs, mais tout le monde est fatigué, et souvent ils nous disent, que les gens n’en peuvent plus. Nous devons savoir persévérer comme Marie Poussepin dans les difficultés et dans les circonstances concrètes que nous avons à vivre.

Sr. Gemma : En dehors de cette fatigue, qui est bien réelle, et dont je crois que nous le partageons avec nos frères et sœurs à travers le monde, avons fait une lecture très positive du confinement et nous en sommes reconnaissantes, mais il est aussi vrai qu'il n'y a pas si longtemps, et pendant le confinement, la CIVCSVA a produit un document « Le don de la fidélité et la joie de la persévérance », les médias religieux nous disent et nous expliquent que cela a été un peu une réponse à bon nombre de frères et sœurs, de différents instituts, qui ont abandonné la vie religieuse face à la nécessité obligatoire de vivre en communauté pendant le confinement, et qui ont réalisé qu'ils ne le pouvaient pas et qu'ils avaient vraiment un problème dans la communauté. Peut-être que la communauté, nous en avons parlé au début, a perdu de son importance, nous nous étions tellement impliquées dans la mission que nous avions perdu un des piliers, je ne sais pas, quelle évaluation fait-elle de ce document et de cette situation, que je ne sais pas si dans notre Congrégation elle a été aussi marquée comme dans d'autres, qu'elle a été vraiment très difficile à réaliser.

Sr. Maria : Je pense que le document est très valable, car il veut nous rappeler que la vocation est un don de Dieu. Dieu est toujours fidèle et nous devons persévérer à accepter ce don et à laisser le Seigneur travailler en nous. Cette persévérance, aujourd'hui, n'est pas une attitude qui est valorisée dans ce monde, mais notre réponse au don de Dieu est cella là. Je pense qu'il y a des congrégations qui, à cause de leur charisme, n'ont pas ou ne donnent pas la même valeur à la vie communautaire, donc en ce moment elles ont dû vivre en communauté parce qu'il n'y avait pas d'autre issue puisque c'était une expérience à laquelle elles n'étaient pas habituées. Je pense que pour nous la vie en communauté est une valeur, nous savons que nous accomplissons la mission de la communauté et que nous devons tout faire en communauté. Cependant, nous avons aussi eu des abandons de la vie religieuse, mais je crois liés à des causes multiples, d'une part c'est la perte de la foi, la perte du sens de la relation avec le Seigneur. Quand cette intimité avec le Seigneur se perd, la foi se meurt et puis d'autres aspects sont privilégiés comme l'épanouissement personnel, le désir de former une famille, le désir d'une autre relation a un autre niveau o qui respecte plus les aspects de l'émotion, du sentiment qu'on accorde de nos jours beaucoup de valeur. Je pense qu'au fond, c'est la perte du sens de sa propre vocation qui conduit à sortir, parce que les difficultés sont partout, j'ai entendu dire que des couples ont aussi eu des difficultés à vivre ensemble, c'est le fait d'être confronté à une réalité à laquelle on n'était pas préparé et puis on se rend compte que vraiment... quels sont nos désirs et nos aspirations ? Et certaines personnes, sœurs, religieuses, ont réalisé que leur place n'était pas ici. Peut-être que la pandémie a également servi à purifier les raisons de suivre et d'être dans la vie religieuse, de suivre le Seigneur. Quant au document, je l'apprécie, car il nous rappelle ce qui est essentiel dans une vocation et, d'autre part, il insiste très fortement sur le rôle de la formation et sur le rôle de l'accompagnement, sur la façon dont nous sommes responsables les unes des autres de la vocation que le Seigneur nous a donnée et sur la responsabilité que nous avons d'accepter la fidélité de Dieu qui se manifeste dans notre vie.

Sr. Gemma : Tout se passe à l’intérieur de la communauté, nous devons en prendre soin et nous en occuper, mais je voudrais aussi demander ce que nous devons prendre en compte pour prendre soin de la communauté ? Non seulement la vocation elle-même, qui est celle de Dieu et nous y répondons, mais il y a aussi de nombreuses sorties qui sont le résultat d'une « mauvaise vie » en communauté. Comment tout cela peut-elle être résolue ?

Sr. Maria : La solution serait que nous vivions la charité comme Marie Poussepin le souhaitait et qu'entre nous, nous sachions donner de l'espace aux autres. Il est vrai que nous ne parvenons pas toujours à donner à chacune sa place et il y a des sœurs qui sentent que la communauté ne leur donne pas cet espace, qu'elles ne trouvent pas leur place dans la Congrégation. Ici nous nous rendons compte de la fragilité humaine, mais je pense que, lorsque se présentent ces situations, si chercher vraiment le Seigneur et faire un effort pour le suivre est la chose la plus importante, on cherche de l'aide, on cherche un moyen pour qu'il puisse y avoir un changement de communauté ou une situation qui aide à vivre vraiment et à répondre au Seigneur, parce que parfois c’est bien vrai que les circonstances sont difficiles, mais la Congrégation ne se termine pas dans une communauté. Parfois donc, les craintes, les commodités, ou le fait de ne pouvoir communiquer avec personne, c'est-à-dire que lorsque le Pape parle d'amitié sociale, je dirais aussi que nous devons être sœurs et amies entre nous pour nous aider à marcher ensemble sur ce chemin de la suite du Seigneur. S'il n'existe pas de sentiment de fraternité, c'est très difficile et lorsque l'on se sent seule et que l'on ne peut faire confiance à personne, la vie devient vraiment impossible.

Sr. Gemma : Parfait, une petite pause et on continue. 

BLOC 3 

Sr. Gemma : Eh bien, et allons un peu plus loin, jusqu'à présent le thème vedette dans tous les foyers et toutes les communautés, a certainement été le virus, mais dans la Congrégation nous avons et nous continuons à avoir un thème vedette qui est cette année de grâce ou cette année d'action de grâce pour les 25 ans de la béatification de Marie Poussepin. Vous étiez présent à la cérémonie de béatification de Marie Poussepin ce 20 novembre 1994 à Saint-Pierre de Rome avec Jean-Paul II, un saint qui a béatifié notre fondatrice. Que retenez-vous particulièrement de ce jour ?

Sr. Maria : Nous venions d'avoir un chapitre, et cela avait vraiment été une expérience importante de la Congrégation, de participation, de communion, mais c'était très émouvant d'entendre comment le Pape la proclamait bienheureuse, aussi comment l'image de Marie Poussepin rayonnait dans la Basilique, et cela continue à m'émouvoir, mais une expérience qui m'a fait du bien et qui m'a aidé beaucoup plus tard dans la Congrégation, c'est celle de l'internationalité, en voyant comment Marie Poussepin, son charisme, et sa spiritualité parlait, se connectait, on pourrait dire, avec des personnes de cultures différentes, qui étaient là et étaient venues à Rome et qui ont trouvé en elle un guide et un modèle. Pour moi, c'est un peu comme si l'universalité du monde était présente ce jour-là dans Saint Pierre, qui est l'Église universelle.

Sr. Gemma : Eh bien, cette Année de Grâce est presque terminée, nous sommes sur le point de clôturer cette année que peut-être nous n'avons pas pu faire tout ce qui était prévu, vu les circonstances, mais cela peut se faire, peut-être que je ne devrais pas le dire, mais je pense qu'un bilan très positif peut être fait, en nombre, en participation, en créativité, vous l'avez signalé au début et sûrement en croissance spirituelle et en vivant le Charisme. Quel serait le bilan, le résumé, la synthèse de cette année marquée par le Covid mais vécue en profondeur par les sœurs et les laïcs de la présentation ?

Sr. Maria : Juste avant le confinement et sans nous y attendre, nous avions fait un programme dans lequel nous pensions faire des pèlerinages, des rencontres et tout cela n’a pu être réalisé et donc avons dû nous concentrer sur les moyens virtuels. Le site web a reçu plus de 200 000 visites en un an, près de 200 nouvelles consacrées à cette célébration, les vidéos et les chansons ont été diffusées des milliers de fois, et il y a eu une participation extraordinaire des sœurs, des laïcs de toutes les Structures, et je pense que le désir de renouer avec Marie Poussepin était déjà dans les sœurs, et cela a été vu comme une occasion de lui consacrer du temps, de réfléchir, de prier, de l'aimer davantage.

Sr. Gemma : Et nous continuons à voir, ici, Sœur Conchi qui nous filme et moi-même, avec le site web, nous avons vu que jusqu'au dernier moment des e-mails arrivent de partout dans le monde pour présenter ce qui a été fait dans les écoles, les cliniques, les communautés, les groupes de laïcs, etc. En réalité, la réaction a été un peu inimaginable.

Sr. Maria : Je pense que la pandémie a contribué à cela. Il a favorisé le temps en communauté, la participation, la créativité. Temps de réflexion en communauté, de nombreuses communautés ont apprécié les thèmes envoyés, qui leur ont servi, les ont aidées … et leur ont aussi permis de se sentir unies à toute la Congrégation, que nous étions dans même direction en travaillant la même chose, un moment de forte communion au niveau de la Congrégation et plus encore en ce temps de pandémie. Nous avons appris à mieux nous connaître, à savoir ce que font les unes et les autres, nous apprécions la contribution des laïcs, nous avons été surprises de voir comment ils ont cette vision et cet amour si fort à Marie Poussepin, donc, de sentir que le Charisme est vivant.

Sr. Gemma : Vous l'avez peut-être déjà exprimé un peu, mais sur un plan personnel, quel sentiment avez-vous eu en voyant cette réponse à cette année de grâce que vous avez convoquée il y a de cela un an ?

Sr. Maria : D'une part, le sens de l'action de grâce, pour la présence et l'action du Seigneur dans chaque sœur, dans chaque communauté, dans les groupes de laïcs, et aussi l'admiration, l'admiration devant cette créativité qui s'est exprimée de façon si extraordinaire, je pourrais dire, la joie pour la croissance de la connaissance et de l'amour pour Marie Poussepin, et le désir que ce Charisme perdure. Ce sont des sentiments positifs, des sentiments d’espérance, qui nous encouragent à valoriser davantage le Charisme propre à la Congrégation et à dire qu'il a une parole à adresser au monde. Le charisme de Marie Poussepin est très actuel et tout ce qu'elle a intuitivement reçu du Seigneur, nous devons l'actualiser, le mettre en pratique, pour la vie du monde, pour donner la vie.

Sr. Gemma : Et à base de cela, beaucoup d'entre nous souhaitent sa canonisation, la verrons-nous, le chemin est-il devenu plus compliqué ? devons-nous toujours continuer à prier ? c’est vrai, beaucoup d'entre nous le font déjà. Mais quoi d'autre ?

Sr. Maria : Nous savons bien que pour la canonisation, seul un miracle est nécessaire, car les vertus ont déjà été reconnues, un miracle par son intercession. Mais de notre côté, cela demande aussi de la foi, de la prière, de proposer son intercession dans les cas qui nous semblent et que nous soyons capables de laisser le Seigneur agir dans notre vie pour vivre comme elle voulait que nous vivions, je crois, comme je l'ai dit en d'autres occasions, que si nous ne vivons pas comme elle voulait que ses filles vivent, elle ne se voit pas capable d'être un modèle pour les autres. Nous devons incarner ce modèle de vie chrétienne, de vie religieuse qu'elle a voulu comme témoin ou comme expression de la manière de vivre de Jésus-Christ sur terre. Nous devons imiter et avoir les mêmes sentiments que Jésus-Christ avait sur la terre et je crois qu'il y a un chemin encore à faire et que nous devons y travailler.

Sr. Gemma : Sœur Maria nous laisse un grand défi, pour le prochain bloc.

BLOC 4 

Sr. Gemma : Retournons à la vie religieuse dans notre congrégation. Les spécialistes de la vie consacrée affirment que très peu de congrégations ont plus de 300 ans. Et nous avons presque 325 ans, quel a été le secret ou comment allons-nous faire pour que cela perdure, et ne pas faire attention aux oiseaux de mauvais augure. Avec quel esprit ou avec quel enthousiasme, ou avec quels outils devrions-nous faire face à ce nouveau monde, avec tant de changements et quels points pourrions-nous prendre en compte et mettre en pratique ?

Sr. Maria : Je ne sais pas s'il y a un secret, je pense que c'est la Providence du Seigneur, la prière de la Vierge qui a guidé la Congrégation. Dans ses moments de lumière et d'ombre, parce que nous les avons eus, des moments de joie et d'autres très difficiles. Mais le Seigneur a trouvé des sœurs qui ont su connecter ou interpréter les signes des temps et se laisser conduire et s’ouvrir pour découvrir les mouvements de l'esprit, actualiser le Charisme et la réponse de la Congrégation en ces moments aux besoins des personnes, du monde et de l'Église. Je pense aussi que la confiance que Marie Poussepin avait et sa prière pour ses sœurs et pour ceux qui la suivraient ont eu une influence. Marie Poussepin était sûre que si nous agissions conformément à ce qu’elle nous a laissés dans le Règlement, la Congrégation durerait, mais cela dépendait de nous, mais elle avait cette confiance, je pense que sa prière nous aide aussi.
Pour perdurer, il faut revenir à l'essentiel, aux sources, valoriser les apports des nouvelles générations, mais non seulement les valoriser mais les accepter, savoir donner de l'espace à chacune des sœurs. Être attentives aux besoins des pauvres. Lorsque nous sommes fidèles à ce service de charité envers les pauvres, la Congrégation s'épanouit, lorsque nous l'abandonnons, là nous mourons. Il faut également donner de la priorité à la formation. Aujourd'hui, nous avons besoin d'une formation beaucoup plus forte au sens spirituel, religieux, humain et professionnel, qui nous permettra de répondre à ces besoins que nous avons évoqués. Et tout cela avec une forte appréciation de la vie communautaire, car c'est en communauté, en s'aidant les unes les autres que nous pourrons construire la Congrégation de demain. La communion entre toutes et faire de la charité l'âme de la communauté, c'est ce que Marie Poussepin attendait ou souhaitait pour nous.

Sr. Gemma : Des questions pratiques ?

Sr. Maria : Je ne sais pas si c'est très pratique, mais l'année prochaine, nous allons célébrer le 325e anniversaire de la fondation. Nous avons appris à mieux connaître Marie Poussepin, et je pense qu'il est temps de mieux connaître la Congrégation, son histoire, son charisme, sa vie, tout au long de ces années. Parce que nous avons de nombreux témoignages de foi, de service, de disponibilité, de dévouement, de sœurs qui nous ont précédées et de celles qui encore vivent parmi nous. Mais ce doit être aussi un temps d'évaluation, de voir où nous en sommes, d'intuition, de découvrir les chemins que le Seigneur veut que nous prenions et cela, nous devons le faire avec la contribution de toutes pour chercher dans la fidélité, pour faire vivre ce désir de Marie Poussepin de « vivre et mourir au service de l'Église dans l'exercice de la charité ». En réalité, c'est en retournant aux sources et à ce qui est propre au Charisme que nous trouverons les chemins de l'avenir.

Sr. Gemma : Nous tirons déjà vers la fin, donc ce dynamisme que l'Année de grâce a généré va se poursuivre d'une certaine manière, sûrement, comme déjà exprimé avec d’autre thèmes ou d'autres éléments ; Sera-t-il ainsi ? Parce qu'en 2021, ça sera les 325 ans de Congrégation, cela ne peut pas non plus passer inaperçu !

Sr. Maria : Oui, il faudra sûrement que ce soit d'une autre manière, l'histoire nous éclaire, mais nous ne pouvons pas rester dans les gloires du passé, simplement dans l'histoire, mais oui, connaître nos racines, ce qui a poussé les sœurs, et surtout les bases et ce qui a servi à les animer et à leur donner du courage, cela peut aussi nous aider, cette créativité, cette intuition et cette découverte. Je pense que l'amour de l'Église est l'un des aspects qui nous aidera à découvrir le sens de notre vie et du charisme de la Congrégation. Ces dernières années, les écrits des Papes ont été très révélateurs en ce qu'ils ont exprimé, et le Pape François lui-même, en valorisant ce service dans la charité, en construisant et en étant des bâtisseurs de communion, des maîtres de communion, cela est pleinement indiqué pour l'Église et pour nous. Mais nous avons besoin de nous convertir, il n'est pas facile d'être maître de communion si nous ne la vivons pas entre nous, et là nous devons reconnaître qu'il nous manque des communautés plus fraternelles, plus ouvertes, plus disposées, plus disponibles, moins installées... mais c'est la fragilité et la vie humaine. Le Seigneur continue de nous faire confiance et nous devons répondre à cette confiance du Seigneur avec générosité.

Sr. Gemma : Nous avons déjà des lignes claires pour célébrer ou commémorer les 325 ans de la Congrégation.

BLOC 5 

Sr. Gemma : Et nous sommes arrivés à la fin de cette interview, peut-être pouvons-nous demander à Sœur Maria Escayola Coris, quel est le message qu'elle veut envoyer à toute la famille de la Présentation ?

Sr. Maria : Je pense qu'il est important que nous vivions tous dans la même confiance que Marie Poussepin avait en la Providence Divine, nous sommes dans un moment d'incertitude, nous devons confier, et ce, afin de vivre la communion, le service à l'Église, aux nécessiteux en tant que famille de la Présentation, nous devons élargir notre mentalité, notre vie à toute la famille de la Présentation, et c'est une façon de traverser les frontières, de travailler avec les autres. Pour apporter à tous, l’annonce de l'amour miséricordieux de Dieu à chaque frère et sœur, à chacun de nous, au monde entier. En d'autres termes, cette annonce nous la ferons en famille et la porter à tous avec cette confiance dans la Providence de Dieu qui nous accompagne toujours, qui ne nous quitte jamais.
Le Seigneur est présent là où deux ou trois sont réunis en son nom, et cette confiance doit nous fortifier pour que nous ne craignions pas, pour que nous puissions aller de l'avant et nous présenter comme Marie dans le temple de ce monde pour son service, qu'il en soit ainsi.

Sr. Gemma : Eh bien, merci beaucoup, que Marie Poussepin nous accompagne et en attendant la prochaine, espérons que ça ne soit pas pour longtemps, de cette façon au moins vous avez pu rejoindre toute la Congrégation à la fin de cette année de grâce, à bientôt.

Sr. Maria : Merci beaucoup à toutes les sœurs, aux laïcs, pour toute votre créativité, pour toutes vos contributions et continuons à approfondir et à aimer Marie Poussepin.